Ce soir, il fait chaud. J'ai couru dans la nuit, effrayée par le moindre bruit.
Une rafale de vent en pleine tête, un grincement, la pleine lune et c'est bon. Je pars en vrille.
Je cours, je vois flou, j'imagine ma mort.
Et voilà.
Je n'ai pas si peur de la mort que ça en faite. J'ai simplement peur de souffrir.
Car chaque jour, je souffre. Pas physiquement.
Mais je souffre.
De la solitude qui est trop encombrante. D'une moindre broutille.
Je me fais souffrir en me torturant toute seule.
Et en fait, je crois que la torture psychologique est beaucoup plus dure à supporter que la torture physique. Mutilée de l'intérieur.
C'est pour ça que j'ai peur de souffrir. Encore plus.
Quand quelqu'un se broie de l'intérieure, il n'y a plus rien.
C'est une coquille vide qui se fait emportée par les flots de l'océan. Un océan qui, certes, nous fait oublier, mais qui nous enfonce dans les profondeurs du désespoir.
Parfois, quand on atteint le fond, il ne nous reste même plus la force de donner un coup de pied pour remonter à la surface.
Noyade immédiate.
Ou alors on se laisse faire. On voyage là ou l'on a pas envie de voyager, on meurt là ou l'on n'a pas envie de mourir.
On s'échoue sur une plage déserte. Personne pour nous aider.
J'admire Robinson Crusoé.
Alors oui, je préfère mourir tuée par un camion que couler.
Heureusement que j'ai appris à nager tôt.